Accueil » Uncategorized » Pour le futur de la Méditerranée, l’agriculture

Pour le futur de la Méditerranée, l’agriculture

POUR LE FUTUR DE LA MEDITERRANEE SEBASTIEN ABISIl est des livres dont on ne peut pas dire qu’ils se détournent d’une actualité brûlante. Ils collent au contraire à cette actualité économique, sociale autant que politique, et suggèrent des pistes pour essayer de résoudre des questions dont les enjeux dépassent le court terme. L’ouvrage de Sébastien Abis, « Pour le futur de la Méditerranée, l’agriculture » (Editions l’Harmattan, Bibliothèque de l’IREMMO) est de ceux-là. Il se penche sur une région du monde, les pays méditerranéens, lesquels sont entrés dans une phase de turbulence depuis quelques années. Le déclenchement de ce que l’on a communément appelé les « révolutions arabes » offre selon l’auteur une occasion de se pencher sur cette région, qui, si elle n’a pas réellement connu les « émeutes de la faim », n’en est pas moins exposée à une forme d’insécurité alimentaire, lourde de menaces pour la stabilité politique des pays qui la compose, et par voie de conséquence, sur les pays voisins.

Une investigation qui tombe en quelque sorte bien et rend le propos des plus attractifs pour les lecteurs qui s’interrogent sur la situation interne autant qu’aux perspectives de sortie de crise. Ce court ouvrage, moins de 150 pages, n’en est pas moins un véritable instrument de réflexion, alliant la mise en perspective historique et un exercice de prospective, et traite essentiellement des Pays arabes méditerranéens (PAM). Il est issu d’une connaissance intime de la région, connaissance que met à profit Sébastien Abis pour inscrire les évènements du moment dans une perspective agricole et alimentaire.

L’ouvrage se compose de quatre parties, auxquelles s’ajoute une ultime partie plus prospective. La première, « dynamiques géopolitiques », traite de manière synthétique de l’histoire de la région méditerranéenne, et avance des éléments d’analyse permettant de comprendre les origines des défaillances du processus de développement des pays arabes méditerranéens, qui les ont conduits à s’exposer de plus en plus à une vulnérabilité alimentaire, constituant l’une des dimensions du « printemps arabe ». La deuxième partie de l’ouvrage, « dynamiques agricoles et rurales », insiste sur l’évolution du secteur agricole dans les PAM et en mesure les répercussions sur les productions et les conditions d’accès à l’alimentation des populations, dont certaines connaissent un taux d’accroissement élevé, à l’instar de l’Algérie. L’auteur montre bien en quoi cette dimension démographique joue un rôle de premier plan dans la dynamique alimentaire des PAM. Mais il invite au passage à bien examiner les ressources propres de ces pays.

La troisième partie du livre de Sébastien Abis, « dynamiques commerciales », couvre le champ des échanges commerciaux entre les PAM et le reste du monde. Après avoir resitué l’évolution des flux commerciaux globaux de produits agricoles et alimentaires, l’auteur revient sur la croissance des importations de ce type de produits des PAM depuis la fin de la décennie 1990. Il saisit en ce sens l’occasion que lui offrent les données statistiques pour suggérer au lecteur de prendre la pleine mesure de la dépendance alimentaire dans laquelle se trouvent désormais les PAM. La quatrième partie apporte un éclairage de circonstance puisqu’elle traite des échanges céréaliers. C’est par le prisme de ces denrées de base (blé, orge, maïs) que l’auteur entend consolider sa démonstration. Les PAM sont non seulement installés dans une dépendance quantitative en céréales vis-à-vis de l’extérieur, mais elle se double d’un processus inflationniste consécutif de l’augmentation des prix agricoles depuis 2007.

L’ouvrage de Sébastien Abis est donc riche d’enseignements pour comprendre une région particulièrement instable et dont les perspectives d’autosuffisance alimentaire sont encore bien trop lointaines pour la laisser s’enfoncer dans une dépendance alimentaire dont on ne maîtrise pas totalement les conséquences à venir.

Extrait de la note de lecture rédigée par Thierry Pouch, APCA-DEAT, Laboratoire REGARDS, Université de Reims Champagne Ardenne, et publiée sur le site http://economierurale.revues.org

%d blogueurs aiment cette page :